September 21, 2020

Lettre ouverte du « Comité de soutien aux Prisonniers politiques arméniens »

LETTRE OUVERTE Paris, le 15 décembre 2017

Objet : Demande d’intercession pour une amnistie générale 
en faveur des prisonniers politiques en Arménie

« Lettre ouverte » adressée à Garéguine II, Patriarche suprême et Catholicos de tous les Arméniens à Aram 1er, Catholicos de la Grande Maison de Cilicie à la Chrétienté arménienne de par le monde

Nous nous adressons à Garéguine II, Patriarche suprême et Catholicos de tous les Arméniens, à Aram 1er, Catholicos de la Grande Maison de Cilicie, aux chefs religieux et à tous les fidèles qui constituent les communautés chrétiennes arméniennes de par le monde, qu’elles soient apostoliques, catholiques ou protestantes, et nous vous sollicitons solennellement, par la présente, afin que vous intercédiez auprès du Président de la République d’Arménie, Serge Sarkissian, pour qu’il adopte dans les plus brefs délais une mesure d’amnistie générale en faveur des prisonniers politiques condamnés et prononce la relaxe pour tous les autres prisonniers politiques détenus (nous joignons une liste non exhaustive de ces prisonniers).

Qui sont ces prisonniers politiques ? Quels objectifs poursuivent-ils pour être considérés comme des personnes si dangereuses qu’il faille les enfermer. Tous, absolument tous, ont poursuivi et poursuivent encore un objectif commun : ils exigent la justice pour le peuple arménien par l’établissement d’un État de droit, ce que des élections truquées contrecarrent invariablement. Ils craignent tous que si ce pouvoir corrompu se maintient, l’Arménie aille vers sa perte, en se vidant de sa population, en n’étant plus en mesure de défendre ses frontières. Qu’ils aient pris les armes ou qu’ils aient simplement exprimé leur opinion, tous ont cette même exigence pour l’Arménie : l’établissement d’un État de droit, libre et indépendant, soucieux de justice sociale.

Et quel est le message le plus puissant du Christ ? N’est-ce pas un message d’amour ? N’est-ce pas l’amour du prochain ? N’est-ce pas cette injonction : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Et si aujourd’hui, nous nous adressons à vous, c’est pour dire que le prochain n’est pas seulement le voisin de palier ou la collègue de travail, il est aussi le prisonnier politique qui croupit dans les geôles d’Arménie.

L’Arménien, qu’il soit croyant ou pas, entend ce message, car il a su et il sait encore parce qu’il l’a subie il y a un siècle, jusqu’à en disparaître, ce que produit la haine du prochain.

L’Arménien connaît aussi très bien – parce qu’il l’a subi pendant plus d’un siècle – un autre sentiment qui succède aussitôt au déploiement de la haine : l’indifférence. S’inspirant de l’expression la « Banalité du mal » que Hannah Arendt utilisa lors du procès d’Eichmann, responsable nazi, le chercheur Yaïr Auron intitule « Banalité de l’indifférence » la première partie de son ouvrage « Israël et le génocide des Arméniens ».

« Banalité de l’indifférence » : cette expression qualifie d’une manière très juste la terrible indifférence dont sont l’objet les prisonniers politiques en Arménie que ce soit celle des instances européennes ou internationales, ou celle de la diaspora toute entière.

Et il y a beaucoup de choses que la liste des prisonniers que nous joignons ne dit pas. Elle ne dit pas les conditions d’incarcération, les souffrances physiques de ceux qui sont malades, les droits de la défense bafoués, les pressions et les menaces sur les proches et les sympathisants… On est d’ailleurs en droit d’attendre, comme cela se fait un peu partout dans le monde, que les religieux arméniens, qu’ils soient d’Arménie ou de diaspora, rendent visite, en geste de réconfort, aux prisonniers dans leur cellule et à leurs familles dans la souffrance.

Se soucier du sort des prisonniers politiques en Arménie, ce serait aussi se remémorer l’acte d’Artur Sarkissian. Ce serait prendre le relais et faire savoir que cet acte n’a pas été vain, qu’il a laissé des traces dans les consciences. On se souvient que le 26 juillet 2016 celui que la population a surnommé le « Porteur de pain » avait franchi le barrage policier au volant de son véhicule qui fut criblé de balles pour porter des vivres aux insurgés du groupe Sasna Dzrer. Il avait été incarcéré à deux reprises et pour finir en avait perdu la vie.

Si les églises arméniennes demandaient l’amnistie pour les prisonniers politiques cela aurait un retentissement énorme sur le moral de la population en Arménie. Et cela agirait surtout sur le moral des jeunes soldats qui défendent les frontières dans des conditions indescriptibles. Car ces jeunes soldats savent qu’il y a de nombreux vétérans de la guerre du Karabagh parmi les prisonniers et ils s’identifient à eux. Et cela réveillerait également la diaspora de sa torpeur.

Hier, l’Arménie était la première nation à adopter le christianisme en tant que religion d’État et inventait un alphabet pour traduire les Saintes Écritures en arménien. Hier, les religieux arméniens n’étaient pas les derniers à en appeler à la résistance comme lors de la bataille de Sardarabad. Hier, les pères mekhitaristes n’étaient pas les derniers à œuvrer pour que la nation renaisse et se reconstruise. Aujourd’hui, nous en appelons à un sursaut. Aujourd’hui, lors des prêches de Noël, on voudra entendre, au nom des fidèles, dans toutes les églises arméniennes du monde, qu’elles soient apostoliques, catholiques ou protestantes, la demande d’une amnistie générale pour tous les prisonniers politiques en Arménie.

LE COMITÉ DE SOUTIEN AUX PRISONNIERS POLITIQUES EN ARMÉNIE

Contact : prisonnierspolitiquesdarmenie@gmail.com

PRISONNIERS POLITIQUES ET PERSONNES QUI FONT L’OBJET DE POURSUITES EN ARMÉNIE Liste (non exhaustive) de 109 personnes, établie le 8 décembre 2017

1 – Les membres de « Sasna Dzrer » arrêtés – 28 personnes : Pavel Manoukian, Tigrane Manoukian, Gaguik Yeghiazarian, Arek Gureghian, Aram Hakobian, Armen Lambarian, Smbat Barseghian, Edward Grigorian, Armen Bilian, Varoujan Avetissian, Mekhitar Avetissian, Achot Petrossian, Toros Torossian, Vardan Gueravetian, Guevorg Iritsian, Sedrak Nazarian, Arayik Khandoyan, Serguey Gureghian, Martiros Hakobian, Artur Soghomonian, Hovhannes Haroutunian, Hovhannes Vardanian, Ara Hakobian, Artur Melkonian, Garnik Hovakimian, Aram Manoukian, Tigrane Sarkissian, Tatoul Thamrazian.

2 – Personnes arrêtées, accusées d’avoir soutenu l’organisation Sasna Dzrer – 4 personnes : Garo Yeghnoukian, Khatchatour Guitchian, Vartkes Guevorguian, Manvel Adoyan.   3 – Le 20 juillet 2016 dans la rue Khorenatsi et le 29 juillet 2016 à Saritagh, les victimes des brutalités policières ; elles sont accusées de « troubles de masse » – au moins 6 personnes : Andreas Ghougassian, Ararat Khandoyan, Arman Arakelian, Arman Mekhitarian, Sosso Margarian, Arsen Mekertoumian.

4 – Le 19 juillet 2016 à Saritagh lors des affrontements entre les résidents et la police – 9 personnes arrêtées (liste non complète) : Sarkis Arabachian, Karen Vanoyan, Hrayr Isakhanian, Jora Avetissian, Armen Adamian, Haroutioun Torossian, Edward Zeytounian, Andranik Keusseyan, Hratchia Boyadjian.

5 – Dans le groupe de Jirayr Sefilian – 6 personnes : Jirayr Sefilian, Sasounik Kirakossian, Hrayr Toptchian, Nerses Poghossian, Galouste Grigorian, Artur Movsissian.

6 – Schant Haroutounian et ses compagnons arrêtés – 7 personnes : Schant Haroutunian, Vahe Mkertchian, Vardan Vardanian, Albert Margarian, Avetis Avetissian, Liparit Petrossian, Mkerditch Hovhanissian.

7 – Des prisonniers politiques détenus à divers moments – 3 personnes dans ce cas : Hayk Kureghian, Guevorg Safarian, Armen Mikaelian.

8 – Les inculpés du groupe Nork Marash – 19 personnes : Artur Vardanian, Andon Dikran Totondjian, Vahan Chirkhanian, Garnik Margarian, Khatchik Avetissian, Vladimir Arakelian, Haroutiun Saribekian, Tigrane Boyadjian, Avetis Berberian, Vaghinak Stepanian, Artur Yeghiazarian, Vahakn Salnazarian, Arman Hayrapetian, Edward Nercissian, Ara Poghossian, Arkadi Mardoyan, Nelly Minassian, Assia Mkertchian, Mariné Katanian.

9. Samvel Babayan.

10. Dans la clandestinité – 1 personne Gareguine Tchoukasezian.

11. Personnes accusées d’avoir soutenu le groupe des « Sasna Dzrer », qui sont actuellement en liberté, mais qui font toujours l’objet de poursuites – 10 personnes : Nercès Guevorguian, Martin Vardanian (libéré sous caution), Mher Mazmanian (libéré sous caution), Saro Ayvazian (libéré sous caution), Serguey Hakobian (libéré sous caution), Achot Mouradian (libéré sous caution), Vardan Balian, Alec Yenikomchian, Taron Lorian, Samson Gabrielian.

12. Le 20 juillet 2016 dans la rue Khorenatsi et le 29 juillet 2016 à Saritagh, des victimes de brutalités policières qui sont accusées de « troubles de masse » et arrêtées. Elles sont libérées mais des charges demeurent portées à leur encontre – 8 personnes : Armen Martirossian (libéré sous caution), Davit Sanassarian (libéré sous caution), Hovsep Khourchoudian (libéré sous caution) , Vahakn Ghoumachian , Levon Assatrian, Tigrane Margarian, Davit Hovhannissian, Hovhannès Ghazarian.

13. Ceux qui ont déjà été jugés pour les événements des 20 et 29 juillet 2016 – 7 personnes : Arek Sadoyan (condamné à 3 ans avec sursis, est libre), Raphaël Gharagheuzian (condamné à 3 ans avec sursis, est libre), Garik Aroustamian , Albert Avaguian (liberté conditionnelle), Narek Sarkissian (liberté conditionnelle), Hayk Hovhannissian (3 ans, libération anticipée), Gaguik Mikaelian (3 ans, libération anticipée).

vendredi 22 décembre 2017,
Ara ©armenews.com

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